Madame M S
Mère de G
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Témoignage sur la violence sexuelle et l’histoire
de la vie de G à Mindin
G est né le 9 Octobre 1971.
G est atteint de la maladie de Prader-Willi, une maladie génétique
qui concerne 15 000 personnes en France.
En 1997, j’ai retiré G de la Maison départementale
de Mindin, où il était pensionnaire à la semaine
depuis neuf ans.
G devait être placé en « foyer à
double tarification «, ce qui signifie qu'il est un handicapé
lourd « nécessitant la présence d'une tierce
personne, une surveillance médicale importante et des soins
constants «. La Sécurité Sociale couvre les
soins, le Département assure l'hébergement. Si le
suivi de l'établissement de Mindin m’a paru satisfaisant
quand il était mineur, je m’aperçois que ça
se passe mal, quand il devient adulte. Quand on allait le chercher
les samedis matins, le personnel ne savait jamais où il était.
On faisait le tour de tous les pavillons, parfois en voiture pour
le retrouver. Sans aucune surveillance, il sortait de l'établissement,
il cherchait de la nourriture là où il pouvait (la
boulimie est un des symptômes de la maladie de Prader-Willi).
Un week-end, en décembre 1996, en lavant le linge de mon
fils, je trouve un slip tâché de sang. Je pose des
questions à G , qui dit spontanément que
c'est un autre résident qui lui a « fait ça
avec son gros zizi », ce sont ses termes. Deux ans auparavant,
il s'était déjà plaint du même homme,
qui lui « demande des choses » . J’en ai parlé
au personnel de l'établissement, qui n'avait pas pris cela
au sérieux. Nous sommes allés porter plainte à
la gendarmerie de St Brévin (celle de Guérande a dit
qu’elle ne pouvait pas prendre la plainte).
Un certificat médical du 7 12 1996 (Cabinet médical
St Michel Docteur Yves Le Brizault) parle bien de violence sexuelle.
G parle de cette agression sexuelle, avec ses mots à lui,
devant les Gendarmes de St Brévin en mon absence, comme c’est
prévu par la loi. Ce témoignage sera écarté
du dossier. Pourtant, G est sorti comme libéré après
cet interrogatoire, il redevient joyeux à partir de ce moment
là. Pendant une assez longue période il s’était
renfermé sur lui-même, il était assez triste.
Maintenant, je crois qu’il a fait une sorte de dépression
à cette époque.
Il refuse de dire qu’il était consentant, il s’énerve,
il s’agite beaucoup, si on ne l’écoute pas, quand
il est interrogé par les experts lors des auditions ultérieures.
G avait demandé à une éducatrice
spécialisée une intervention pour que ces relations
cessent. Sans résultat. Aucun psychologue ou psychiatre n’été
mandaté pour assister mon fils handicapé. Il est fragile,
il a un comportement assimilé à celui d'un enfant,
il n’était pas préparé à des rapports
sexuels. Je pense qu’il s’agit d’un dysfonctionnement
et d’un manquement à la mission de l'établissement
en charge de mon fils et des autres handicapés.
La Cotorep et les médecins, les psychiatres avaient préconisé
un placement en foyer à double tarification, donc une surveillance
médicale renforcée. Ce n’a pas été
le cas à Mindin. Le document « Vivre en établissement
ou en famille d’accueil » de Juin 1997 du Ministère
de l’Emploi et de la Solidarité explique ceci :
« Un foyer à double tarification accueille des personnes
lourdement handicapées physiques, mentales sensorielles ou
atteintes de handicaps associés.
Les personnes accueillies nécessitent la présence
d’une tierce personne, une surveillance médicale importante
et de soins constants.
Les frais d’hébergement sont financés par l’aide
sociale et les prestations de soins de la Sécurité
sociale. »
Ces documents sont joints au dossier de G .
Si ces recommandations avaient été respectées
à Mindin, je pense que le viol n’aurait pas pu avoir
lieu.
Les spécialistes de cette maladie disent que la sexualité
ne fait pas partie du monde mental des personnes, qui ont cette
maladie. Depuis cette date, je ne lui ai pas connu d’épisode
sexuel. Par contre, il a toujours les symptômes de la maladie
Prader-Willi, comme la boulimie et l’endormissement fréquent.
Je dois toujours surveiller son alimentation, mais jamais ses désirs
sexuels. <
Pour se sortir de cette situation, au lieu d’assumer ce qui
se passait, Mindin a prétendu que G était
homosexuel et consentant. J’ai été accusée
d’être une mère abusive et possessive, une mère
qui n’aurait pas accepté la maladie de son fils, une
femme à problèmes.
Le président du Conseil Général est intervenu
d’une façon assez surprenante (cf son courrier du 1er
décembre 1998). Il essaie de protéger Mindin en m’attaquant,
en voulant discréditer la mère d’une personne
handicapée, au lieu d’aborder le problème de
fond : le dysfonctionnement de Mindin.
Nous sommes face au refus de reconnaître que la violence
sexuelle a existé dans Mindin. C’est une sorte d’attitude
à géométrie variable vis à vis de la
sexualité, selon la situation on l’admet ou on la tolère,
mais dans d’autres circonstances on la nie ou on l’étouffe.
Maintenant, il me semble évident que l’autre personne
en cause dans cette affaire avait des pulsions sexuelles assez fortes.
Je pense même que cette personne avait du mal à contenir
sa sexualité. A Mindin, on a laissé faire. Certains
membres du personnel ont même été jusqu’à
justifier ces pratiques, en minimisant la souffrance provoquée
chez G . Sans doute, G a-t-il cru qu’il
avait un ami, que c’était une attention et un peu de
chaleur dans la solitude et la violence de Mindin. Ce qui me semble
certain aujourd’hui, c’est qu’il était
sous l’influence de cette personne et que celui-ci en a profité
pour assouvir son besoin de sexe.
Cette affaire n’est pas passée encore au pénal,
elle a été jugée au Tribunal Administratif.
Le professeur Marie-Louise Briard confirme que « le dysfonctionnement
de l'hypothalamus entraîne un développement sexuel
incomplet et en conséquence l'absence de pulsion sexuelle
» . Il n’y a pas homosexualité chez ces malades
(cf les certificats médicaux contenus dans son dossier).
C’est un des arguments utilisés par le personnel de
Mindin pour justifier l’agression sexuelle, « ce n’est
pas grave, il ne sent rien ! «.
Chez les personnes malades Prader-Willi, l’irritabilité
ne se manifeste pas si l’environnement est convenable, ce
n’est pas le cas à Mindin, parce qu’un jour il
devient agressif et mord son matelas, il est alors isolé,
enfermé dans sa chambre. L’agitation, l’agressivité
existent en cas de stress et d’angoisse, cela fait partie
du tableau symptomatique de cette maladie.
Il peut s’endormir partout (cf le certificat médical
Docteur Mabile). C’est peut-être au cours de ce sommeil
que les premiers attouchements sexuels ont eu lieu.
Après sa sortie de Mindin, les médecins que j’ai
consulté ont demandé que l’on arrête les
bêta-bloquants. Ils présentaient un danger pour la
santé de G . Je n’ai toujours pas compris
pourquoi ce type de médicaments contre-indiqués avait
été administrés à mon fils.
Je vous transmets un courrier du Président de l’association
Prader-Willi, qui explique longuement comment une personne atteinte
de cette maladie peut être facilement fragilisée. Ce
document parle aussi de la prise en charge adaptée de G
par le centre marin d’Hendaye, où tout s’est
bien passé. Il est question de mesures sérieuses qui
doivent être prises pour protéger la santé,
l’intégrité et la dignité des personnes
victimes de cette maladie. Cette préoccupation est en accord
avec les revendications des familles exprimées dans Ouest
France.
Ensuite, il est attesté que G a fait des progrès
dans un entourage adapté (cf le certificat du Cabinet de
Kinésithérapie et de balnéothérapie
Teillet Mahé Massé au Croisic en 2001).
Je vous communique aussi l’appréciation correcte de
l’éducateur handisport M. Zitter établi en juin
2001.
A sa sortie de Mindin, il a eu besoin de soins ORL. Son état
de santé s’était dégradé au point
qu’il a fallu pratiquer une opération en Mars 1997
(cf les certificats médicaux du dossier).
Je confirme que la violence physique faisait partie de l’arsenal
thérapeutique de Mindin. Oui, c’est vrai, les malades
recevaient des gifles assez régulièrement. Le journal
La Lettre à Lulu n’a pas exagéré avec
son dessin.
Je pense qu’il faut revoir le système Mindin sur le
plan humain.
Je pense que les médicaments ne peuvent pas tout, ils peuvent
calmer les handicapés, mais ces prescriptions ne dispensent
pas d’écouter la parole des personnes, même handicapés
ils restent des personnes. Il n’y avait pas de groupe de parole
pour les malades. Il n’y avait pas de thérapies pour
les résidents, quand mon fils y était. Il n’y
avait pas de groupes de parole pour les personnes soignantes.
La collaboration avec les parents n’était pas bonne
à ce moment là. L’exemple du centre de Hendaye
montre que c’est possible et que G s’y trouve bien.
Ce n’est pas la vie en institution qui pose problème
à G , mais son fonctionnement et ses méthodes.
A mon avis, la transparence et le dialogue ne sont pas un danger
pour les institutions, mais une richesse et un atout pour mieux
remplir leur rôle.<
M S
xxxx le 25 Février 2006 Témoignage recueilli par PH
C et vérifié par Madame S.
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